Cela fait six ans que ça dure. Pourtant, souvent, je m'en emeus encore.
Depuis six ans je partage la vie d'une petit chienne. Elle est à mes côtés constamment. Jamais l'une sans l'autre, associée. Mes amis, ma famille, mon copain, mes collègues tout le monde la connaît. Je plaisante souvent en disant "c'est un lot", à prendre ou à laisser, les deux ou rien.
C'est une étrange communion. Un langage commun, des échanges quotidiens. Une nuit elle me réveille en aboyant. Instantanément, je sais si elle a mal, soif ou envie de sortir. Je n'hésite pas. Le soir je rentre du travail. Elle sait de suite si j'ai l'âme à rire ou à pleurer. Elle me propose un jeu ou vient lécher mes mains.
Nous ne sommes pas de la même espèce. Pas les mêmes codes, aucune capacité commune. Son monde est olfactif d'abord. Le mien n'est que parole. Et nous communiquons si bien pourtant. Cette faculté m'étonne et me rend optimiste. Finalement tant est possible...
Télérama vient de sortir un hors série à ce sujet : "Bêtes et Hommes". Souvent mes amis, trop intellectuels, me reprochent mon chien. "Chien chien à sa mémère", ils méprisent mon penchant et le moquent. Télérama (à mon grand étonnement je l'avoue) ne se laisse pas aller à ce genre de facilités. Au contraire. Je vous en recommande la lecture.
Soutenir qu'il existe une société homme-chien, ce n'est pas nier la profonde singularité de la société humaine. Les interactions entre humains sont bien différentes de celles qui nous lient aux chiens, surtout en raison de notre langage. Mais nier l'existence d'une forme de lien social entre l'homme et le chien, c'est ignorer l'univers riche et foisonnant des interactions sensorielles, émotionnelles et cognitives qui se nouent en dehors ou en plus de l'échange de messages linguistiques élaborés. Un univers qui tient une place capitale dans les relations entre humains eux-mêmes.
Ce que nous "dit" le chien, entre autres, c'est peut être que nous ne sommes pas que des êtres bavards enfermés dans un monde clos de symboles accessibles qu'à nous-mêmes.
Dominique Guillo, extrait de Télérama hors série, Des bêtes et des hommes.