Je suis assise dans ce bar. Il y a beaucoup de gens. C'est dimanche soir. Ils se retrouvent après le week end, ils boivent des chocolats. Lui me regarde, pince ses lèvres et serre ses mains : "Je crois qu'il vaut mieux qu'on se sépare".
J'ai sincèrement eu l'impression que tout autour de moi s'enfonçait dans le sol. Comme si tout devenait soudainement instable. Je restais là immobile, le regard figé.
J'ai cependant vite réagit et nié. "Ce n'est pas possible, après deux ans à vivre ensemble, avec tous ces projets communs. Pas si vite...". Je ne sais plus comment l'idée est venue ensuite. Je crois bien que c'est copine Chriss qui me l'a soufflée. Nous sommes rentrés à la maison, silencieux. Je pleurais calmement. Et puis je lui ai dit "Ok, je te laisse encore demain pour y réfléchir. Je ne rentrerai pas, je dors chez une copine. On en rediscute lundi soir."
J'ai passé la journée d'hier dans un espèce de trou noir. Je pensais location d'appartement, annonce à la famille, abandon de tous mes projets, reprise du célibat. Plus rien ne semblait avoir de sens pour moi. Je pensais solitude, solitude, solitude, je n'arrêtais pas de pleurer. Je l'ai rencontré il y a deux ans. J'étais étudiante. Tout a tellement changé depuis. Mon monde s'est construit autour de lui. Il s'engloutissait tout d'un coup. Dans ma tête l'ultimatum était un coup dans l'eau. Il ne reviendrait pas.
Copine Magda m'a portée toute la soirée. Portée littéralement, de la table à la douche, et de la douche au lit. Je crois que personne n'avait jamais pris autant soin de moi. Je me suis sentie choyée, aimée. Copine Chriss m'appelle, copine Jasmin aussi. Elles me proposent de m'héberger, de prendre soin de moi.
Au fond je m'étais toujours demandée si un jour il m'arrivait quelque chose de grave, qui serait là. Je me demandais si quelqu'un serait prêt à m'ouvrir sa porte à n'importe quelle heure de la nuit. Maintenant j'ai la réponse, et ça m'émeut un peu.
Ce matin à 8h il me téléphone pour me dire qu'il ne veut pas, au fond, se séparer de moi, qu'il veut que tout s'arrange. Vers 11h, il m'envoie par mail une lettre, longue et émouvante. Il m' écrit qu'il n'a pas peur de me quitter pour des raisons matérielles ou familiales, qu'il m'aime encore et veut tout essayer pour aller mieux.
Ce soir je suis arrivée avant lui à la maison. Il est rentré avec un petit cadeau pour moi, un joli vase. Il m'a parlé avec enthousiasme de nos futures vacances au ski. Il m'a massé les jambes. Il m'a parlé aussi, des petites choses qui n'allaient plus, mais qu'il ne tenait qu'à nous d'arranger. Se laisser plus d'air et de temps pour faire des choses seul, relancer le désir...
Je me sens tellement vide et morne. Pendant 36 longues heures moi j'y ai cru. Pendant 36 longues heures, j'étais célibataire. Tout se chamboule dans ma tête. Je ne peux pas l'accueillir les bras ouverts, un grand sourire. Je suis bouleversée. Rien n'est plus sûr maintenant. La césure a été courte mais tellement forte.
Je ne me connaissais plus d'envies aussi intenses. Ce soir une seule chose m'obsède. Je ne dois plus construire qu'autour de lui. Je veux refaire des choses pour moi.
Et si notre couple y survit, cela aura déjà été un riche enseignement.