Je vous vois demain et j'ai un peu peur. J'attends tellement de ce rendez-vous, sans doute trop. J'ai tellement besoin d'un regard sans jugement. Tous mes amis, que j'aime pourtant, projettent leurs histoires. Je n'en peux plus de l'entendre se faire traiter de salop. Je n'en peux plus de m'entendre me faire traiter de naïve.
Je sais comment la séance va commencer. Vous allez me dire :Comment ça va ?
, et je vais m'effondrer. Je vais devoir vous raconter les choses clairement et rapidement, et ce sera très difficile tellement il s'est passé de choses, c'est pourquoi je prépare cette lettre.
Il m'a quittée mardi dernier, le 11 décembre. Très vite, il m'a demandé de signer l'acte de résiliation du bail de notre appartement. Nous avons décidé que ce serait lui qui y resterait le temps du préavis de 3 mois. Je ne préférais pas rester dans un lieu qui représente tant de bonheur passé. En attendant de trouver un appartement, je squatte chez des amis avec Scarlett, ce qui est très difficile et inconfortable pour moi. A chaque fois que je retourne à l'appartement chercher des affaires, je m'effondre de douleur.
La première semaine qui a suivi sa rupture a été terrible. J'ai pleuré nuit et jour. Incapable de travailler, hagarde, j'ai eu l'impression de n'être qu'une plaie ouverte. Depuis deux jours, j'ai commencé à visiter des appartements, et ça va un peu mieux. Disons que j'ai arrêté de pleurer en quasi-permanence, j'arrive à tenir en public, et c'est déjà pas mal.
Aujourd'hui, je me souffre surtout face à l'ampleur de ma perte. J'ai aimé, et j'aime encore ce garçon passionnément. Nous partagions des choses que je crains de ne pouvoir partager avec personne d'autre : le pélerinage de St Jacques, l'amour de la nature, les rêves... Nous avons construit des choses pendant deux ans : emménagé un appartement, tisser un lien, et il est terrible de voir tout cela se détruire en si peu de temps. J'ai peur de regretter cette histoire toute ma vie, j'ai peur de ne jamais rencontrer personne d'autre avec qui ce soit aussi bien, j'ai peur de mon âge qui avance... J'étais tellement persuadée que ma vie serait avec lui, que la chute est particulièrement rude.
Ma famille et mes amis m'entourent et me soutiennent à 100%. C'est un grand réconfort mais je m'apprête aussi à vivre de grands moments de solitude qui me font peur. J'ai réalisé avec lui, à quel point j'aime vivre à deux, partager ma vie, et je crains le retour à l'ennui. Niveau nourriture cependant, je ne me sens pas en danger pour le moment, je devrais peut être m'inquiéter, je ne sais pas.
Le plus difficile à supporter peut être, ce sont les raisons de cette rupture. Nous en avons beaucoup parlé, et ça fait me très mal tellement tout aurait pu être différent. Ce que Séverin m'a dit, c'est qu'il avait été vraiment sincèrement amoureux de moi. Il m'a dit aussi qu'il était d'accord sur le fait qu'on se ressemblait et que nous partagions beaucoup de choses. Mais le mode de relation que nous avons entretenu pendant deux ans l'a asphyxié. Clairement, et ce n'est pas étonnant, il m'a reproché ma jalousie, l'enfermement de notre couple (nous ne sortions jamais l'un sans l'autre), la rapidité de nos engagements (nous parlions déjà mariage). Il regrette de ne pas en avoir parlé avant, lorsque par des efforts, tout aurait pu encore s'arranger. Il a laissé la situation empirer petit à petit, s'en est rendu complice, jusqu'à ce que son besoin de liberté reprenne violemment le dessus. C'est ce qu'il est en train de se passer. Depuis que nous nous sommes quittés, je sais qu'il sort presque tous les soirs, organise des week ends entre amis, revis un peu.
Il a rompu mardi dernier. Puis lundi, une semaine après, il m'a rappelée. Il m'a dit alors qu'il avait réfléchi, et que d'un côté, il avait besoin aujourd'hui de vivre à 100% comme un jeune, parce qu'il en avait trop rêvé pendant tout ce temps, mais que d'un autre côté il avait peur de me perdre, convaincu du lien particulier qui nous unit, et qu'il ne trouverait pas cela ailleurs. Il m'a proposé de passer la soirée du 31/12 ensemble, et peut être de se redonner une seconde chance suite à cela, tout en me disant qu'il ne pouvait pas pour l'instant me préciser les modalités de cette nouvelle "relation".
Sur le moment, lorsqu'il m'a dit tout ça, je n'ai pas réagi. Je ne voulais pas prendre de décision hâtive sur quelque chose de grave. Je préférais y réfléchir calmement.
Aujourd'hui je me rends compte de la part de lâcheté qu'il y a dans sa proposition. Il me conforte dans une espèce de déni et risque d'entretenir de fausses illusions. D'un autre côté, je ne veux pas faire d'erreurs. Il n'y a peut être qu'une toute petite chance qu'il revienne un jour, et j'en ai conscience, mais s'il devait y en avoir une, je n'aimerais pas la compromettre. Je reste convaincue que nous nous séparons pour des questions de forme, de type de relation, et pas pour des questions de fond.
Après y avoir réfléchi j'ai donc décidé cela :
- Passer le 31/12 comme convenu avec lui, tenter de retrouver cette intimité, ce lien particulier, nos délires et nos trips, le temps d'une soirée.
- Le lendemain, ou le surlendemain, lui expliquer clairement mes conditions, poser mes limites. Ce que je souhaite, moi, avec lui, c'est une vraie relation. Bien que très différente de la précédente, chacun chez soi, moins enfermante, cette relation doit être engageante, basée sur des projets communs, le respect de l'autre, et surtout sur la confiance. Je ne veux pas d'une relation cachée, et encore moins d'un couple "libre". Ce serait trop facile pour lui, et trop dur pour moi. S'il n'a pas envie de ça, je préfère ne plus le revoir et refaire ma vie, en espérant que si un jour il regrettait sa décision, ce ne serait pas trop tard.
Voilà l'état des lieux. J'espère trouver un appartement au plus vite. J'espère reconstruire ma vie, amicale dans un premier temps, peut être amoureuse ensuite.
Derrière cette rupture des angoisses profondes sont apparues :
- peur de la mort
- peur de l'incertitude de la vie
- peur de la solitude
- peur de ne jamais me marier, de ne jamais avoir d'enfants
Je souffre beaucoup. J'ai perdu tous mes repères. Je n'ai plus de projets pour l'avenir. Je n'arrive plus, pour le moment, à être interessée par rien. Tout ce que j'espère pour 2008 c'est qu'il revienne, ou de repartir avec quelqu'un.