Je ressens le besoin, depuis qu'il m'a quittée, de remettre ma vie en ordre, de lui redonner un peu de cohérence, d'y réfléchir. J'en parlais déjà il y a un mois, je ne cesse de retarder l'entreprise, l'ampleur de la tâche m'effraie un peu.
Au début je pensais repartir du début, mon enfance, mon adolescence, tout ça. Je me rends compte que cela ne suit pas le cours naturel de mes pensées, alors je vais plutôt repartir de maintenant. Nous, avant nous, et ces autres enchaînements.
Il existe un exercice de psychologie qui consiste à dessiner sa courbe de vie comme un dessin. C'est un peu mon idée.
Chapitre 1 - Juin 2006/Décembre 2007 - La vie avec Lui
Nous avons emmenagé ensemble au mois de juillet 2006. Nous nous étions rencontrés à peine six mois avant. Nous n'avions qu'une envie : être ensembles. Je croyais sincèrement que c'était pour toujours. J'ai aménagé ce nid avec beaucoup d'amour. J'en étais fière.
Je me rends compte aujourd'hui -évidemment a posteriori c'est toujours plus facile- de tout ce qui n'allait pas. En avoir longuement discuté avec lui m'y aide également. Je pense malheureusement, que je n'étais pas capable d'autre chose à ce moment là. Au rang de mes remises en question, je reconnais avoir été jalouse et possessive. Je reconnais aussi avoir provoqué beaucoup de disputes excessives pour rien. De son côté, il y avait un manque évident de communication. Il ne sait pas dire ce qu'il pense, ni exprimer ce qu'il ressent. Il y a aussi une souffrance profonde, que je n'ai jamais bien compris, mais qui le condamne à une certaine solitude dépressive. Il ne sait pas ce qu'il veut, ni où il va et cela n'était pas facile à appréhender pour moi.
Voilà ce qu'on peut en retenir. Un amour fou et passionnel, né sans doute de deux écorchures. L'accumulation de nombreuses incompréhensions qui nous ont éloignés. Ma jalousie et mes colères. Son silence et ses doutes. Il m'a quittée doucement, cela aurait pu être pire. J'en ressors meurtrie, mais pas aigrie. Les souvenirs merveilleux que j'ai eu avec lui ne sont donc pas gâchés.
En parallèle, cette période fut celle de mes débuts professionnels. Ce fut à la fois une grande source d'épanouissement et une grande source de tourments pour moi. J'ai dû assumer un projet difficile et de nombreux déplacements, qui ne m'ont pas facilité la vie, ni mon couple. Progressivement, les choses sont rentrées dans l'ordre, et j'y ai trouvé ma place à mesure que mon Lui s'éloignait. Je crois avoir surestimé, dans un premier temps, la place de mon métier et qu'Il en a souffert. Cependant j'ai appris avec le temps à contrer cette tendance. Aujourd'hui, je crois ne faire que ce pour quoi je suis payée. Mon travail reste une source évidente de stabilité, de satisfaction et d'amitiés.
Chapitre 2 - Juin 2005/Juin 2006 - Le grand chambardement
L'été 2005 fut une période de très grands changements. J'ai quitté le Blond difficilement. J'ai décidé de commencer une psychothérapie et une thérapie de groupe. Je n'en pouvais plus de mon quotidien. Je terminais l'école, j'avais raté tous mes concours. Je me donnais une nouvelle chance à la fac pour un an. Je me souviens avoir été très mal. C'était comme une seconde naissance.
Notre recontre a changé les choses, et considérablement apaisé ma souffrance. Nous sommes tombés amoureux l'un de l'autre presqu'instantanément. Coup de foudre mutuel fulgurant. Nous étions un peu jeunes sans doute et nous n'avons pas réalisé à quel point cela était fragile, et momentané. Nous avons eu l'arrogance de ceux qui croient qu'ils sont différents.
Sa présence a été déterminante dans l'amélioration de mon état. A partir du mois d'avril, les crises ont cessé, et ne sont jamais revenue. Je me battais d'abord pour moi, aidée par ma psy, mais c'était si difficile, que c'est pour lui que j'ai tenu. Je voulais être digne de notre amour naissant. Malheureusement, l'arrêt des crises ne signait pas une totale guérison. Il restait ma souffrance, mon manque de confiance en moi, mon émotivité. Il y avait beaucoup de cela dans nos disputes. Notre histoire a donc porté ma guérison, mais fut presque condamnée en même temps.
La fac fut pour moi salutaire. Je découvrais un nouvel esprit loin de l'école. J'y ai fait des rencontres importantes. Un nouvel horizon professionnel s'est ouvert à moi : fini les concours, vive le secteur privé.
Je garde de cette période des impressions multiples. La souffrance qui a accompagné l'arrêt des crises, et l'abandon des concours. Ma grande solitude. Ma remise en question aussi, la construction de nouvelles bases pour moi. L'intensité, la folie, le très grand bonheur de ce début d'amour. Je ne crois pas que je revivrai rien de semblable après ça. C'était vraiment très bien.