Le matin à Brême il se réveille avant moi et m'observe en souriant. Il se moque un peu de mon sommeil de plomb. Nous nous levons. J'ai mal dormi : pendant la nuit, l'Autre m'a harcelée de textos. J'ai du lui dire que j'avais besoin d'air, je sais que je lui ai fait du mal et ce n'est pas agréable.
Il pleut un peu mais cela ne nous décourage pas à visiter la ville. Une statue des musiciens de Brèmes, plusieurs églises, un déjeuner made in Spargels, quelques boutiques. Nous discutons encore beaucoup : les femmes et le sexe, l'éducation religieuse...
Il est temps de partir pour Hambourg.
Dans le train, que nous avons failli manquer, une horde de jeunes gars fête l'enterrement de vie de garçon de l'un des leurs. Avec Bastian, nous parlons toujours beaucoup, mais la distance physique est grande. Pas un geste de tendresse, je tente de m'adapter.
A l'arrivée un de ses amis nous accueille. Nous allons dormir chez lui pour la nuit. Il vit dans une toute petite chambre dans une résidence universitaire. Il a une vue superbe sur la ville que je découvre, ébahie. Je commence à parler anglais et finalement découvre que je ne suis pas si nulle que je ne l'aurais pensé.
La soirée commence. Phil nous emmène visiter un quartier. L'hôtel de ville au bord d'un lac, nous nous asseyons sur un banc et partageons un joint. Tout est illuminé face à nous et scintille sur la mer. Je suis bien.
Un troisième ami nous rejoint dans un bar, dans un quartier plus animé. L'alcool commence à monter à nos têtes. Les trois amis font l'effort pour moi de parler anglais, et me choient comme une petite poupée. C'est agréable et j'en profite. Des bières, du schnaps et quelques shots, nous partons pour Reeperbahn, le quartier chaud, la tête déjà bien embrumée. A peine le temps de se remplir l'estomac avec une espèce de hot dog, nous y voilà.
Reeperbahn est un quartier à part. Il y a énormément de monde dans les rues le samedi soir. Tout le monde est saoul et fume. Il y a des putes partout, qui se baladent avec un petit sac noir. L'ambiance est malsaine, presque étouffante. Protégée par mes trois acolytes heureusement, je me sens bien. Nous allons de bars en bars, fumer, boire et danser. Je me retrouve collée à Bastian et draguée par d'autres mecs en même temps. Sa présence me rassure, je continue à chanter, à danser et à boire sans plus penser à rien.
Vers quatre heures du matin, Phil semble fatigué. Il a la bouille d'un vieux célibataire pas vraiment sûr de lui et somnole dans un coin de la boîte. Nous décidons de rentrer. Arrivés à la résidence, Bastian a coup de folie dont il a le secret : "Et si nous allions au marché à poissons ?". Je me laisse guider.
Je ne connaissais pas cette espèce de tradition. Après Reeperbanh, beaucoup de gens bourrés échouent au marché à poissons. Ils y retrouvent les vendeurs et les fraîches mamies venues faire leurs courses du dimanche. On y vend de la bière comme du café. Les estomacs se remplissent de poissons frits et de sandwichs étranges. Bastian, pour la seule fois du week-end est presque tendre avec moi. Il me serre dans ses bras dans les halles, m'aide à goûter quelques produits locaux. Nous restons là un temps à écouter un concert de rock surprenant.
Le soleil a commencé à se lever sur le port, il fait presque jour lorsque nous rentrons. La résidence est endormie. Devant la porte de notre ami, nous réalisons notre erreur : dans notre précipitation, nous l'avons quitté sans prendre de clés. Phil dort et ne nous entend pas. Je suis fatiguée et presque prête à dormir dans le corridor. Bastian insiste et tape frénétiquement. En vain. Nous avons peut-être réveillé tout l'étage, mais Phil dort encore.
Soudain, nous entendons une musique, très forte, plus haut dans les étages. Intrigués, nous grimpons jusqu'à nous trouver sous les toits. L'escalier s'arrête là. Un haut parleur diffuse à fond l'opéra de la flûte enchantée. Je ne comprends pas bien. Nous pensons d'abord à une messe ou une salle de spectacle installée tout là haut. Il n'y a rien que des couloirs. Bastian suggère alors un moyen non violent - allemand ?- d'éviter que des squatteurs ne s'installent dans la cage d'escalier. La musique est si forte que personne ne pourrait l'endurer.
Nous nous trouvons donc là, fatigués, baignés dans une musique assourdissante, sans nulle part où dormir. Il a pris alors la décision seul et de façon inattendue, comme à chaque fois.
Bastian se retourne vers moi et m'embrasse. Je me laisse faire avec plaisir, dans ce pays étranger et ses bras je ne connais nulle pudeur. Il me glisse à l'oreille qu'il a un préservatif avec lui et le sort de sa poche. Je souris. Il me déshabille et se déshabille aussi. Il me caresse un peu, me retourne contre la rampe et me fait l'amour ainsi.
Il est huit heures du matin, je n'ai pas dormi de la nuit, je suis dans un escalier, quelqu'un diffuse de l'opéra à fond et Bastian me fait l'amour. Ma tête est au bord d'imploser de fatigue, de désir et de plaisir mêlés. D'abord comme ça, puis autrement, toujours debout, Bastian me prend et finit par jouir avec moi. J'entends son râle rauque, je sens son corps sur moi. J'ai conscience de vivre un instant incroyable.
Une fois redescendus de notre escalier, Phil se réveille enfin et nous laisse entrer. Bastian prend soin de moi, me prête sa couverture pour que je n'aie pas froid et s'endort rapidement.
Je ramasse mes souvenirs dans ma tête et me dis que vraiment, je ne suis pas venue pour rien, il y a avait de grands moments de vie à cueillir là bas.