Alors que dire...

Je me sens toute petite, minuscule, sur une plage en hiver. Le vent souffle et emporte tout autour. La mer se démonte. J'ai un peu peur et j'ai très froid. Et je suis seule.

Et je suis là et je n'ai pas d'autre choix que de rester debout, immobile, le temps que le vent cesse.

Mes trois jours avec Patrice ont, bien sûr, devrais-je le dire ?, été fabuleux. Il a envahi mon espace, habité ma vie, et s'en est reparti. Ses sourires et son corps, sa voix et ses phrases, ses caresses, sa douceur, tout me revient. Et tout s'en va. Il n'est pas là, il est absent, et je ne sais quel crédit porter à notre histoire. Mon amour naissant est juste là, tremblant de peur et mort de froid.

Une proposition d'embauche. Enfin. Déjà. Et mon dernier pilier, immense, s'effondre en emportant tout avec lui. Je pleure des nuits entière, je tremble de tout mon corps. Partir ? Changer de travail ? Et si je n'étais pas prête... Et si j'avais trop peur...

Alors voilà. Je suis adulte - du moins j'essaie. Je me rappelle ce qu'il y a d'important, l'amour, l'instant, et tente de ne pas projeter mes angoisses sur mon si tendre allemand. Je me rappelle ce que je veux, ce que j'ai fait, mes réflexions d'hiver sur mes idées de vocation, et sait qu'une décision finalement s'imposera.

Je suis adulte, mais pas tout le temps. L'autre ressurgit comme ma dernière bouée. Je m'y accroche. Je ne lâche pas. Mes ongles s'enfoncent autant qu'ils peuvent.

Je suis seule sur cette plage. Le vent souffle si fort. Sans lui je vais tomber.